Histoire(s) vraie(s) : Hommage à Sœur Paul (1931/2011)

Le Clos Sainte-Thérèse, 29 à 31 rue Gaston Baratte, a hébergé les sœurs de Saint-Sauveur. Il est maintenant à vendre… Le bâtiment consistait en une ancienne école primaire, datant de 1847 (école communale mise en place au 18ème siècle par la famille Verdière). D’école publique de garçons et de filles , elle devint une école privée en 1937. L’école Sainte-Thérèse dont s’occupaient les Sœurs, fut vendue précédemment (en 2024 ?)

Ascq (Nord) et la Colonie des Mussillons (Jura) ! Une distance qui fut franchie !

Beaucoup ont connu Sœur Paul dans le village d’Ascq. Elle est née à Ascq en 1931 (décédée en 2011) et s’est démenée pour rendre heureux et heureuses les Ascquois et Ascquoises, entourée d’autres sœurs au caractère aussi trempé que le sien, telle Sœur Saint Jean de Dieu qui avait eu à affronter le cyclone de la journée des Rameaux. Sœur Saint Jean de Dieu raconte dans le Bulletin de la Société Historique de Villeneuve d’Ascq et du Mélantois (N°44-2006/ Enquête sur la vie religieuse, Carnet de guerre 1914/1918) avoir vécu cette fameuse et atroce nuit :: «  Quand ils ont ramassé les hommes pour les tuer, avec sœur Marguerite, on entendait du bruit le matin dans les rues. Alors on regardait derrière nos fenêtres, on ne comprenait pas ce qui se passait. C’est après qu’on nous a dit : « Fermez ! Ne sortez pas ! » et qu’on nous a expliqué qu’il y en avait plein d’autres qui avaient été massacrés…

A Ascq, c’était l’abbé Gilleron qui les avait fait venir. Elles étaient attendues comme des reines ! « Place aux religieuses, place aux religieuses ! Et il fallait que les gens s’écartent ! » L’abbé Gilleron avait fait dire une neuvaine à Sainte Thérèse de l’enfant Jésus pour inciter des religieuses à venir à Ascq. Ces sœurs venaient de La Souterraine dans la Creuse (où Sœur Paul effectua son noviciat) et s’installeront rue Gaston Baratte (photo ci-dessus).

Elles ont œuvré de tous côtés, du catéchisme, des piqûres, des soins, aux cours pour les enfants…  « A l’époque, on n’avait pas de seringues ou d’aiguilles à jeter. Il fallait faire bouillir, on refaisait bouillir les aiguilles et les seringues qui resservaient, et avec un petit appareil, on essayait de refaire pointues les aiguilles pour que ça fasse moins mal ». Est-ce pour cela que je me souviens de toutes mes angines soignées dans la fesse alternativement gauche ou droite ! Les antibiotiques se présentaient alors rarement sous la forme de cachets !

Sœur Paul ne faisait pas de piqûre ! Elle avait tombé le voile en 1970, après le Concile Vatican II, participait à la vie sociale et rejoignait la JOC (Jeunesse Ouvrière Chrétienne). Et elle s’occupait d’emmener en colonie les enfants de parents démunis.

La colonie des Mussillons prit naissance à l’initiative de l’abbé Wech, ordonné prêtre en 1921 au Grand Séminaire de Lille, lequel deviendra vicaire à Ascq de 1931 à 1936, secondant l’abbé Rogé et le curé Gilleron de 1936 à 1941. L’abbé Wech s’occupe du patronage, patronage qui, par ailleurs, a incité la vocation religieuse de Sœur Paul à trouver la foi au cœur de la confrérie des sœurs du Sauveur dans la Creuse (La Souterraine). Le patronage prenait des formes variées : des ateliers de couture, de la mise en scène théâtrale et surtout les premiers départ en colonie. Sœur Paul raconte qu’au début de la Colonie des Mussillons, les sœurs embarquaient les draps et des ballots de paille pour fabriquer les lits !

En juin 1940, l’abbé Wech cache des prisonniers en fuite dans les familles d’Ascq et chez les Sœurs du Sauveur. En avril 1944, en remplacement de l’abbé Gilleron, assassiné dans son presbytère, il est nommé curé d’Ascq. Comme le dit la Revue du Terroir RT-70, 2026, « Il est rappelé à Ascq à la demande des veuves des massacrés. ». Avec son vicaire, l’abbé Jean Planckeel, filleul de l’abbé Cousin, qui anime le patronage, et aidé de la communauté des sœurs du Sauveur, installées à Ascq depuis 1937, il initie les premières vacances dédiées aux orphelins de guerre. En 1950, l’abbé Wech se rend dans le Jura, près de Saint-Laurent-en-Grandvaux où il trouve une ferme comtoise abandonnée, proche de l’exploitation d’une famille des Mussillons (revue du terroir « En route pour les Mussillons » éditée par la Société Historique de Villeneuve d’Ascq). Les cheminots viennent remettre en état cette bâtisse (ils ne payent pas le train !). Une Association, « L’enfance d’Ascq » finira par gérer ce lieu, au départ, sans eau ni toilettes ! Et tout s’organise. Sœur Paul continue d’aider les familles sans le sou à envoyer leurs enfants au grand air ! C’est sa mission ! Elle est assistée dans sa tâche par beaucoup d’Ascquois, dont Berthe Legrand qui m’apprend à éplucher les pommes de terre le plus vite possible, concours où je deviens vite experte ! Et c’est grâce à Sœur Paul que mes deux sœurs et moi-même, nous nous sommes baignées dans les eaux bien froides du Lac de l’Abbaye, enveloppées de la protection de nos monitrices, tout aussi glacées que nous. Je pense à Thérèse Vouters, tenant vaillamment dans l’eau à 11 degrés les bouchons de liège qui nous protégeaient.

Enfin, je voudrais finir cet article sur une anecdote incongrue. Me rendant un jour à la Boucherie « L’Entre Mets » à Ascq, je découvre en vitrine des fromages : du comté et du morbier, provenant d’une fruitière des Mussillons. Jean-Louis Gouwy, fondateur de la Boucherie « L’Entre Mets » à Ascq, m’a raconté qu’il s’est arrêté un jour de vacances aux Mussillons et, conseillé par une dame sur la meilleure des fruitières, il emporte à Ascq le fromage des Mussillons. Tous les enfants de la colonie revenaient aussi de la colonie du Jura avec leur kilo de fromage. Comme quoi les liens entre Ascq et les Mussillons n’ont pas fini de nous étonner! Petite madeleine de Proust, bonjour!