
« A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles
Je dirai quelque jour vos naissances latentes »,
Sonnet des Voyelles d’Arthur Rimbaud (1870)
En 2004, le Département du Nord choisit pour le 1 % dédié à l’art au Collège Arthur Rimbaud de solliciter l’artiste Serge Boularot. S’exprime par là la volonté publique de soutenir la création et de sensibiliser nos concitoyens à l’art de notre temps par une « obligation de décoration des constructions publiques », communément appelée « 1% artistique ». C’est une procédure spécifique de commande d’œuvres à des artistes qui s’impose à l’État, à ses établissements publics et aux collectivités territoriales. Ce 1% consacré à l’art a permis à de nombreux artistes de prendre place au cœur de la vie des Villeneuvois (Les femmes de Mai incarnant la liberté de Silviane Léger, non loin du Collège Camille Claudel, en sont un exemple).
Serge Boularot n’est pas un artiste inconnu à Villeneuve d’Ascq puisqu’il a exposé en 2000 dans l’Espace Francine Masselis de la Galerie de l’Atelier 2 (Ferme Saint-Sauveur) où j’ai eu le plaisir d’écrire sur lui. Pour ce projet rimbaldien, il travaille avec l’architecte Bernard Guy qui rénove le Collège Paul Eluard, construit en 1968 et restructuré en 2024.
L’œuvre de Serge Boularot est intitulée « Naissances latentes » en référence au Sonnet des voyelles d’Arthur Rimbaud, « A noir, E blanc, I rouge »… Ce ne sont pas cinq monochromes de couleur qui sont ajustés ensemble mais plutôt des matières picturales dont l’origine procède de papiers déchirés, dont les déchirures rendent les aplats de couleur vivants. Derrière les voyelles dessinées, se forme un paysage abstrait. L’univers de Rimbaud est restitué avec un aspect aquatique pour le vert ou le bleu, allusion aquatique aussi au « Bateau Ivre ».
Les plaques de tôle galbées en inox seront fabriquées en Belgique à Tournai. Un organisme de sécurité sera amené à sécuriser la masse de métal installée au-dessus de la porte d’entrée du collège, aidé par un ingénieur de Tournai qui a travaillé sur ce qu’en Belgique on appelle des « intégrations ». Patrick Adam réfléchit sur le flambage des tôles, leur pression au vent. Il fallait alourdir la sculpture de trois millimètres d’épaisseur. L’œuvre pèse 4 ou 5 tonnes de métal et paraît toutefois vraiment aérienne. Ce bateau qui avance avec sa proue, forme courbe organique, en V, est soutenu par trois piliers en béton blanc. Et petit secret de fabrication… l’ingénieur a tenu le squelette par derrière sans toucher à la peau.
A l’entrée du bâtiment dédié à l’administration, cinq notes de couleur rappellent ces cinq voyelles, cette fois en aluminium, évoquant une fois encore le poème du « Sonnet des voyelles » de Rimbaud… A noir, E blanc…
Ce lieu, fréquenté par les collégiens, donne sens à cette réflexion sur les voyelles : le b.a-ba de l’apprentissage qui peut conduire l’individu bien loin…
(élève en sixième au Collège Arthur Rimbaud en 1971, et qui en juin 2026 a corrigé, en tant que professeur de Lettres, ses dernières copies de Brevet de Français en ce lieu avec ses collègues...)

Tous mes remerciements à Jane Lacascade, ancienne Principale du Collège, et à Richard Bailleul, Principal actuel qui a accepté la parution de cet article.